| Exposition
du photographe Ulrich Lebeuf "Antonyme de la pudeur"
du 10 decembre au 11 janvier 2011.
Lieu de l'Exposition: Kuryos, 23 rue minvielle (quartier
des chartrons) à Bordeaux.
Information au 05 56 56 97 57 ou 06 11 28 45 06
Ouvert de 09h à 19h du lundi au vendredi ou sur rendez
vous.
Vernissage en présence du photographe le jeudi 09
decembre 2010 de 19h à 22 h.
| Photographies
exposées à la galerie Kuryos, accès
ICI |
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http://www.myop.fr/fr/photographe/ulrich-lebeuf
www.ulrichlebeuf.com
Antonyme de la pudeur
Photographies de Ulrich Lebeuf
Texte de Christian Caujolle
La photographie, dans sa version documentaire, a vécu,
entre autres dans la presse et dans l’esprit du lecteur
/ regardeur / voyeur sur l’idée qu’elle
reproduisait, de façon « juste et vraie »,
le monde qu’elle était sensée représenter.
C’est ainsi que, sur une base dont les photographes
mieux que tout autre savent bien qu’elle est fausse,
s’est constituée une crédulité,
transformée en dogme et en croyance, tellement ancrée
dans les mentalités qu’elle est devenue un
fait de société et un fait de culture. Un
fait dont bien des artistes, aujourd’hui comme hier,
se jouent sur bien des modalités, de la parodie au
détournement et de la fiction « attestant »
de l’existence des faits à toutes les inventions
visuelles et graphiques, bougées, floues et décadrées
qui battent en brèche la religion.
En ces temps où, en raison de la possibilité
offerte à tous et à chacun de réaliser
des images leur lecture même subit des bouleversements
profonds et où l’on commence à voir
se dessiner une véritable révolution dans
la perception du monde, dans la lecture des images et, certainement
dans des valeurs qui, entre autres la mémoire, ont
fondé l’organisation du siècle qui vient
de s’écouler, il n’est pas indifférent
de s’interroger sur ce à quoi peut –
doit ? – servir la photographie aujourd’hui.
Elle a été, incontestablement, le mode de
représentation dominant – et parfois arrogant
– d’un vingtième siècle dont elle
a fondé la mémoire. Qu’en sera-t-il
demain, qu’en est-il aujourd’hui déjà
de cette notion ? Et à quoi ressembleront après-demain
les albums de famille ou les carnets de voyage, si tant
est qu’ils existent en tant qu’objets physiques
?
Cela, croyez-vous, nous éloigne de la pratique d’Ulrich
Lebeuf, mais il n’en est rien car il affirme une fonction
de la photographie, qui n’a pas été
majoritaire parce que la presse voulait - contrairement
à la justice, clairvoyante parfois - faire accroire
qu’une photographie est une preuve. Et, pour cela,
lui assignait pour mission de décrire, de «
montrer », de donner à voir, d’expliciter,
au risque de décevoir puisque, quelque puisse être
la splendeur d’un coucher de soleil, aucune photographie
ne saurait remplacer, voire même approcher, l’image
qui en sera saisie. Il n’est qu’à voir
la désolation des tourniquets de cartes postales.
Ulrich Lebeuf, lui, affirme, brillamment, que la photographie
est là pour évoquer et non pour décrire.
C’est pour cela qu’il affirme un point de vue,
qu’il dit « je », qu’il nous oblige
à nous confronter à des rectangles historiés
dont nous devons non point subir la grandeur ou la pertinence,
mais nous impliquer en tant que lecteur autant qu’il
l’a fait en tant qu’opérateur. Nous devons
reconstruire le monde autant que lui-même l’a
déconstruit et morcelé.
S’il est inutile d’insister sur le contrôle
savant de la lumière et de la palette qui construisent
un univers dans lequel les rouges et les jaunes induisent
une chaleur, voire une touffeur prenante, il faut regarder
de près ce qui relève du cadre, du cadrage.
Avec cette magnifique capacité à signifier
deux choses. D’une part le fait que, par son regard,
en isolant un détail, le photographe le transforme
en signe et nous le livre comme objet d’interprétation
et point de départ d’une « histoire »
que nous construirons dans une liberté qu’il
limite cependant par les bords de son rectangle. Une perruque
blonde abandonnée sur un lit rouge, par exemple.
D’autre part le recours au hors-cadre comme élément
déterminant de l’organisation du point de vue
: ce qui n’est pas montré devient plus important
que ce qui est représenté. Cette pratique
n’est pas nouvelle et l’on sait à quel
point le cinéma, plus radicalement encore que la
photographie, s’est emparé de cette possibilité
du hors champ et l’a utilisé tour à
tour comme une façon de dire beaucoup ou comme une
façon de tromper énormément.
Alors, il n’est guère important que ces images
aient été réalisées sur le tournage
de films érotiques ou pornographiques. C’est
juste un jeu supplémentaire, qui interroge ce vieux
questionnement sur l’érotisme dans lequel le
fait de dévoiler est souvent capable, en tuant le
mystère, d’atteindre le fantasme et de mettre
fin au désir. Pourtant, il y a, à l’opposé
de tout ce qui peut être glauque et affligeant dans
la quasi-totalité des films porno, une certaine jubilation,
de la vie et du clin d’œil dans tout ce travail.
Il montre bien que, conçue ainsi, la photographie
a un sens. Elle nous oblige à penser à regarder
et voir vraiment. Ce n’est plus si fréquent.
Christian Caujolle.
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